Lettre à Patrick

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Samedi, à l’heure où à la synagogue on ouvre la Thora, je me livre, de mon côté, dans mon temple perso – le troquet d’en bas – à mon rituel favori avec une conscience toute religieuse : la lecture de la presse du week-end. Elle,  le JDD, sans oublier Voici, qui me révèle que l’info de la semaine passée n’est pas le remaniement cosmétique du gouvernement Ayrault, les intempéries qui balaient la France, les intempéries qui secouent l’UMP. Non la vraie info, c’est que Patrick Bruel et Céline Bosquet, c’est fini.

 

Du plus loin que je me souvienne, Patrick Bruel a toujours fait partie de ma vie.

 

1989 : j’ai 13 ans. Pas le droit de sortir et 10 francs d’argent de poche par semaine. Tu chantes « Casser la voix » et grâce à toi Patrick, mon père, qui ne supporte plus de me voir écouter ton album 19 fois par jour en regardant la cassette tourner dans le poste de la cuisine, m’achète un walkman. Même quand les piles sont à sec et que tu chantes au ralenti « Alooors regaaaarde, regaaarde un peeeeeeeeeeeeuu », je trouve que t’es génial.

1991 : tu passes à « 7 sur 7 ». Je trouve que tout ce que tu dis est super. Mes frères me charrient en hurlant « Patriiiiick ». Pendant que mon père répète « C’est qui celui-là ? Je t’en prie pour qui il se prend », ma mère tente d’imposer le silence en cherchant si elle a des connexions familiales avec ta mère. J’avoue aujourd’hui, 21 ans après donc, que j’ai regardé l’émission jusqu’au bout car j’étais persuadé que t’allais sortir ta guitare et chanter. Ben quoi, dans « Carnaval », Lionel Jospin avait bien chanté « Les Feuilles mortes », donc tout était possible.

1999 : je fais le bilan. J’ai vu tous tes films même les plus mauvais. Je t’ai aimé même quand t’avais un peu la coupe de Tata Josiane, bouclée et longue sur la nuque. Et puis voilà, comme tous les amours à sens unique, il s’est émoussé. Dernier vestige de mon adolescence, j’ai lentement et sûrement rangé au placard ma « passion » pour toi et tes chansons, juste entre mes bottes Mosquito et mon jean rouge Cimarron. J’ai découvert NTM, assisté dans la fosse à un de leurs concerts au Zénith de Paris, ce qui dans notre histoire constitue un accroc digne de l’épisode Piroska Nagy dans le mariage Anne Sinclair et DSK. Parfois, j’avoue même avoir soupiré de lassitude en t’entendant parler sur tout et sur rien, donnant ton avis sur le P.S.G, l’extrême-droite , Roland Garros, la paix au Proche-Orient.

Mais bon voilà, comme tous les grands séducteurs, régulièrement tu me rappelais que je n’étais pas totalement guérie.

2002 : gros défilé contre l’antisémitisme. Mes parents décident de manifester. Je mets un point d’honneur, tu l’imagines, à ne pas les croiser. Le soir même, je tente de faire bonne figure face à ma mère qui me raconte en long en large et en travers qu’elle t’a vu : « il était là, je l’ai vu comme je te vois ! Il est beau, il est gentil en plus. Il a bien parlé sur Israël. Il m’a même signé un autographe sur le calendrier Warga, demande à ton père. T’étais pas là, t’étais pas là. On ne va pas en faire un plat. Et puis toi, t’as vu Julie Lescaut adek Véronique Genest. C’est bien aussi ».

2004 : j’apprends dans la presse que tu t’es marié à la synagogue. Yaël, Joanna, Céline et moi, inséparables à l’époque, nous nous payons une cuite monumentale pour noyer notre chagrin. Une page de notre histoire se tourne. Soyons claire, je n’ai jamais cru sérieusement que toi et moi, on avait une chance, mais j’entends encore ma mère le lendemain matin, Paris Match, dans la main, « Le Café des délices » en fond sonore : « tu vois, il s’est marié … Avec une juive et à la synagogue, je te l’avais dit ou pas ? C’est comme ton cousin Fabrice, il en a connu des filles pas juives, et ben quand il a eu 40 ans, il a fallu passer aux choses sérieuses, et ben il a écouté sa mère. Qui c’est qu’avait raison ? Hein ? Si tu m’avais écouté, t’aurais tenté ta chance ».

2012 : aujourd’hui tu es à nouveau célibataire selon Voici, qui a, depuis la jurisprudence Johnny Depp – Vanessa Paradis, au pire 6 mois d’avance. Pour plein de filles de ma génération, tu restes une idole. Elles te suivent avec le même enthousiasme qu’il y a 20 ans, ne ratent jamais un de tes concerts et ne supportent pas qu’on te critique. Et l’âge et la maturité aidant, elles ont même intégré qu’elles n’avaient aucune chance de te mettre le grappin dessus. Elles le savent et ne t’en veulent même pas. Tu peux bien refaire ta vie avec une fille assez jeune pour croire que « Comme les 5 doigts de le main » est ton premier film avec Alexandre Arcady, elles s’en fichent, elles, elles t’aiment et c’est pour la vie.

The SefWoman
Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)
 

 
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Daviddftpnk
Daviddftpnk
9 années il y a

Non, effectivement, pas de bol. Dieu sait pourtant que j’ai pris du recul par rapport à un soutien aveugle à la politique israélienne. Mais je n’ai pas oublié non plus le début des années 2000 lorsque chaque jour (voire chaque demi journée) apportait son nouvel attentat suicide . Et je crois en la légitime défense. Dieu sait que j’ai pris du recul par rapport à la notion d’état providence qui acceuillerait les juifs du monde entier, depuis que j’ai compris qu’aujourd’hui,vue d’Israel, une alliah c’ est surtout une bouche de plus à nourir, un pistonné qui a évité le service,… Lire la suite »

Daviddftpnk
Daviddftpnk
9 années il y a

Ce débat n’a aucun lien avec Sefwoman ? Sauf que j’aime Bruel. Un jour j’ai lu un journal et j’ai vu que Bruel recommandait un livre. Alors j’ai acheté ce livre et lu ce livre. Les chroniques de Jérusalem. Et j’ai été blessé par une vision qui ne cadre pas avec celle que je m’étais construite. Une vision qui ,bien que tirant dans tous les sens, me semblait cependant volontairement biaisée , et qui , du coup, parce qu’elle tire dans tous les sens, pouvait paraitre objective. J’ai perçu dans ce livre une intention qui m’a paru hostile. Ca m’a… Lire la suite »

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