Ma mère : Verbatim I

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Ma mère a une propension incroyable à débiter des inepties en cascade. Dès qu’elle en prononce une, y en a plein d’autres qui attendent derrière. Comme les verres qu’on casse, les saisons de « Danse avec les stars », les chèques refusés « par manque de provision sur votre compte », c’est la loi des séries.
 
Dimanche 12h30, déjeuner avec mes frères, leurs moitiés et mes neveux et nièces. Toute l’après-midi, ma mère s’est illustrée avec des saillies lunaires dignes du tweet de Valérie Trierweiler et ce dans une indifférence quasi-générale.
 
Et oui, avec le temps, on s’habitue à tout. Je suis toujours très étonnée de voir combien l’homme s’adapte à beaucoup de choses. Afin de consigner le plus scrupuleusement possible les pensées maternelles et constater la capacité de son entourage à ne pas répondre – capacité que j’attribue à un mélange de darwinisme et de fainéantise qui se résume à cette phrase : « ne réponds surtout pas sinon on est foutu » –  j’ai acheté un cahier et j’ai écrit.
 
13h15 : J’arrive chez mes parents. Tout le monde est déjà à table. Ma mère fait des allers-retours dans la cuisine. Mon père regarde qui court l’après-midi à Vincennes, mon frère, Stéphane, veut m’échanger une part de Minina contre 3 semaines en août dans l’appart de Mémé à Cannes. Quand je lui explique que c’est un peu cher payé, ma mère s’assoit enfin : « Albert fait moins fort la télé, on s’entend pas ! Pourquoi tu mets les informations ? Y a eu un acte antisémite ? Y a eu un attentat en Israël ? Et ben alors éteint s’il se passe rien. Ca suffit ! ».


14h22 : Une de mes belles-sœurs nous raconte que son frère et sa femme vont partir en Thaïlande pour adopter. Réaction de ma mère : « Si c’est pas malheureux. Ça fait combien de temps maintenant ? 10 ans au moins  qu’ils essaient d’avoir un enfant. De toute façon, c’est Dieu (l’index en l’air), ma fille, qui décide tout ça. Regarde elle (l’index vers moi), elle peut faire des enfants et elle a plus de mari, la vérité c’est péché. La vie c’est mal fichue. De mon temps, ça se passait pas comme ça. Celle qui ne pouvait pas avoir d’enfants, sa sœur qui en avait, elle lui en donnait un. Riez, riez, mais ma copine Ninette, elle a été élevée par sa tante. Parfaitement, même que sa mère le jour de l’accouchement, elle avait changé d’avis. Et ben, le soir même, elle a rêvé son père (Vous noterez l’absence du « de »), il est venu et il lui a dit « donne-moi un verre d’eau »  et ben elle l’a écouté, elle a donné son bébé.
 
15h17 : « J’ai eu madame Cohen hier, son mari ça va pas du tout. Le gastro-entérologue, il lui a dit c’est l’estomac. Quoi qu’est-ce qu’il a ? Il a la maladie, Bihim adaa, tu veux un dessin (oui, chez moi tu peux pas prononcer le mot « cancer » même si c’est ton signe astrologique, sous peine d’être foudroyé dans l’instant). La pauvre elle est dans tous ses états. Heureusement qu’il a Alzheimer. Elle lui a dit le matin, à 15h, il avait déjà oublié. Il lui a tout fait, même le diabète. La pauvre, elle me fait de la peine ».
 
16h33 : « Quoi vous partez déjà ? Mais vous venez à peine d’arriver ! Stéphane, amri, sur la table de la cuisine y a un sac. Non Betty, je te jure c’est trois fois rien. Y a juste deux kilos de boulettes et une petite part de Mlokhia qui me restait au congélateur. Rien du tout ». S’adressant à moi, « Qu’est-ce que t’écris depuis tout à l’heure ? ».
 
Moi : « Je note tout ce que tu racontes, après je vais tout taper, je vais en faire un livre… »
Elle : « Un livre …»
Moi : « Un peu comme Jacques Attali avec François Mitterrand. Je vais appeler ça : Ma mère Verbatim : tome 1»
Elle : « Jacquot  Attali, je le connais, c’est un Constantinois. Il était poissonnier à Rungis »
Moi : « Je ne crois pas qu’on parle pas du même. Si je me fie à ton rythme, on est bon pour la rentrée littéraire de septembre »
Elle : «  Septembre ? T’y penses pas. T’es folle. Le 15 c’est Rosh Hachana. Tu veux me tuer ou quoi ? ».
 
 
The SefWoman
Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)
 

 
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