Oh Véro, si tu savais toute la honte que tu me fais !

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Véronique Genest, députée-suppléante, et pourquoi pas Corinne Touzet maire de Paris, Natacha Amal ministre de la Justice et Ingrid Chauvin à la Cour des comptes ? Je n’ai rien contre toi, Véro, mais je ne comprends pas les motivations de ta soudaine reconversion politique. Si c’est une mesure de rétorsion contre Bernard Tapie qui s’est lancé dans le spectacle, t’as juste quinze ans de retard.

 

Véro, arrête pendant qu’il est encore temps. Sinon tu vas te taper la honte de ta vie. Et même si l’adage populaire «le ridicule ne tue pas» est juste, sache qu’il peut très lourdement t’handicaper. Crois-moi, côté honte, j’en connais un rayon.

 

1990 : j’ai 14 ans. Pas le droit de me maquiller. Tous les matins avant l’école, je bloque l’ascenseur pour me tartiner de blush Orlane, le gros disque bleu, tout mon argent de poche passe dedans. Ma mère tique devant les traces orange sur mes pulls cols roulés Morgan (si si, à l’époque, ça se vendait très bien cette marque), mais mon manège est bien rôdé. Vers 18h, je rebloque l’ascenseur pour me démaquiller. Et à cette époque, pas de lingettes. Je me trimballe avec la grande bouteille de lait démaquillant et le coton. Mais ça, c’était avant le drame du 4 juin où, attaquant mon front boutonneux, je vois dans la glace de l’ascenseur les portes s’ouvrir derrière moi laissant apparaître mon père, ma mère hurlant «il est hors de question de payer un nouvel ascenseur !», le président de la copropriété et l’expert Otis, qui, à force de se déplacer, envisageait sérieusement de louer un appartement dans l’immeuble.

 

2006 : je me marie à la mairie. Je respire plus dans ma robe Paule Ka, du 38 tellement je suis serrée, mais franchement, je ne me suis jamais sentie aussi bien. Ma mère n’arrête pas de se plaindre, mais ça me gêne autant qu’une engueulade entre Amélie et Aurélie dans «Les Anges de la téléréalité 5» sans le son. Même le tailleur blanc de ma belle-mère (cette connasse) ne réussit pas à m’énerver, tout va bien, jusqu’à l’échange des consentements où le maire égrène nos devoirs mutuels et… tous mes prénoms. L’occasion pour mon futur mari de découvrir que mes deuxièmes et troisièmes prénoms sont… Fortunée et… Tefaha (l’un des deux aurait suffit, mais tu connais ma mère maintenant). Je deviens rouge comme mon bouquet. Ma mère écrase une larme – très bruyamment – à l’évocation de sa grand-mère, ma belle-mère soupire d’agacement, mon futur mari pouffe et le téléphone portable de mon frère Eric retentit au son «Abdelkader» du trio 1, 2, 3 Soleils. Un grand moment de solitude qui résume bien toute ma vie.

 

Véro, si j’insiste pour que tu arrêtes, c’est que, va savoir pourquoi, moi et la honte, on a une relation assez fusionnelle. Et même quand ça ne me concerne pas directement, j’ai assez vite honte, comme ce jour de juin 1993. J’ai 17 ans, je passe l’oral du bac français. Je prépare un texte de «L’Étranger» de Camus. Je remplis mes brouillons à la vitesse de la lumière. Devant moi, Keren Abitbol doit passer devant l’examinateur. On est dans la même classe depuis 4 ans mais elle ne m’a quasiment jamais adressé la parole. L’examinateur sort en lui lançant «j’arrive dans deux minutes, je vous interrogerai pour commencer sur le parallèle entre les soubresauts de l’entre-deux-guerres et le destin amoureux de l’héroïne ». Paniquée, elle se retourne vers moi : « C’est quoi les soubresauts ? ».

 

Moi : je te réponds si tu me dis comment je m’appelle.

Elle : heu…

Moi : bon courage.

 

C’est à ce moment que David Knafo, le beau gosse de la classe, a passé une tête pour lui susurrer : «c’est un dérivé de la soubressade que ta mère achète chez Berbèche». J’ai bien tenté d’éviter la catastrophe, mais elle n’a rien voulu entendre. Keren Abitbol a donc disserté 4 minutes sur la charcuterie dans l’œuvre littéraire, moi j’ai cru mourir de honte pour elle. L’examinateur a mis fin à mon supplice et au sien en lui attribuant un… 2/20.

 

Oui Véro, quand je t’entends parler politique, j’ai aussi honte que quand je vois Jean-Pierre Raffarin chanter «Que je t’aime» chez Michel Drucker. Mais de quoi tu te mêles ? Tu vas me dire, c’est vrai après tout, t’es libre de faire de ce que tu veux. Mais t’as raison, c’est moi qui ai un problème avec toi. Tout ce qui vient de toi m’agresse. Et là, je me demande pourquoi ? Je réfléchis et je me dis :

T’es mariée à un juif.
Tu parles fort.
Tu kiffes Israël.
Tu te revendiques islamophobe.
Tu te bats contre tes kilos.
Ok, tout s’éclaire. J’ai compris… t’es le sosie de ma mère.
 
The SefWoman
Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)
 

 
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