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L’odyssée d’Herbert Traube

Herbert Traube odyssée Jewpop

 

Les récits de souvenirs des survivants de la Seconde Guerre mondiale ne manquent pas. Ceux des déportés revenus de l’enfer, en particulier, nous ont émus, quelle que soit leur forme, en raison de leur authenticité, et de leur indéniable utilité historique et humaine. Ces ouvrages sont généralement rédigés à la première personne, forcément. Celui dont il va être question ici ne déroge pas à cette règle. Son originalité, en revanche, est due au ton employé, et au parcours incroyable de son auteur, Herbert Traube.

 

Couverture du livre d'Herbert Traube

 

Herbert Traube est né en 1924 à Vienne. Il aurait dû y grandir en paix, au sein d’une famille aimante, dans un contexte plutôt confortable. Son récit s’ouvre sur « Une enfance heureuse », mais ce chapitre est vite suivi par celui des « Années sombres de l’adolescence » : dès l’Anschluss, les nazis détruisent sa bulle de bonheur, forçant Herbert et ses parents à fuir sans cesse sur les routes d’une Europe dangereuse, traître, qui prend l’une après l’autre la vie de ses parents… Celle de sa mère, d’abord, qui meurt d’épuisement et de malnutrition au camp de Rivesaltes. Seule consolation, bien maigre, pour son fils et son époux : celle de pouvoir l’accompagner, de la mettre en terre, et de dire une prière sur sa tombe. La vie de son père, ensuite, arrêté en France, puis déporté sans retour vers Auschwitz. Un sort que le fils n’apprendra, comme tant d’autres, qu’après la fin de la guerre…

 

Fiche d'Herbert Traube camp de Rivesaltes Jewpop

 

Gurs, Rivesaltes, les Milles, trois camps français sordides, le virent donc passer, et survivre. Encore bien jeune, il sauva sa propre vie en s’échappant du train qui l’emmenait de Rivesaltes vers Drancy. « Quand la tête passe, le corps passe, c’est sûr ! » lui dit un de ses compagnons d’infortune, en lui conseillant de tenter l’évasion par la très petite lucarne du wagon. Et Herbert sauta… avec un mouchoir et un peigne en poche pour tout viatique.

 

Bien entendu, ce n’est pas tout, même si déjà bien éprouvant. D’autres trains, camions, motos, jeeps, side-cars, et navires en tous genres l’aideront à traverser sain et sauf ces années de guerre mondiale. Au fil des pages de ce livre passionnant qui se lit comme un roman (avec une iconographie et des parties dialoguées qui donnent un relief tout particulier à l’ensemble), Herbert Traube nous raconte la manière rocambolesque dont il a sans cesse nargué le destin et la mort, échappé au pire, pour enfin parvenir à combattre l’ennemi les armes à la main.

 

Herbert Traube Jewpop

 

Qui connaît le parcours des engagés étrangers dans la Légion Étrangère ? Qui peut imaginer la force de caractère, l’endurance, l’adaptabilité d’un gamin de dix-huit ans qui décida de s’engager ainsi, en changeant d’identité, de nationalité (il se prétendit luxembourgeois, et non autrichien, car la Légion n’enrôlait pas de ressortissants de l’Axe) ? Qui peut imaginer comment ce très jeune homme put apprendre à toute vitesse le français, tromper les obstacles, l’ennemi, et la mort, avec autant d’intelligence ? Qui sait que, parmi les soldats du débarquement en Provence – sur la plage du Dramont, près de Saint-Raphaël, très précisément – se trouvait un Juif viennois, déterminé à poursuivre jusqu’au bout, jusqu’en Autriche, ceux qui avaient haï et assassiné les siens ?

 

Engagés juifs de Palestine dans l'armée britannique Jewpop

Aux côtés des Britanniques, il y eut de nombreux engagés volontaires juifs, depuis la Palestine mandataire. Ils se soutenaient, formaient une compagnie dite « palestinienne » presque homogène, et ne cachaient pas leurs origines. Mais dans la Légion étrangère, il fallait faire profil bas… changer de nom, et ne jamais dire qui l’on était vraiment. Herbert a joué ce jeu de caméléon, avec succès. Il raconte – d’une voix posée, que l’on croit entendre, et sans la moindre fausse modestie –, le déroulé des opérations du Régiment de Marche de la Légion Étrangère en Afrique ; le débarquement des Alliés en Algérie et au Maroc, en 1942 ; la bataille de Tunisie, en 1943, et le débarquement en Provence, en 1944. Page après page, on saisit les raisons de son avancement, la capacité qu’il eut de s’adapter à toutes les situations, afin de toujours échapper aux pièges les plus dangereux. Au passage, on note que sa devise a sans doute été celle de la solidarité, pour ne pas dire celle de la fraternité.

Légionnaires Herbert Traube Jewpop

 

De retour à Vienne en 1945, en vainqueur cette fois, Herbert retrouve la concierge qui avait dénoncé sa famille… la manière dont il se comporte alors vous laisse pantois. Il faut lire ce livre pour suivre son auteur jusqu’au bout de la trajectoire qui le ramènera – après un épisode indochinois tout de même ! – en France, pour un retour à la vie civile. Une vie exemplaire, elle aussi, tant au plan professionnel que familial.

 

Herbert Traube Jewpop

 

Herbert Traube a maintenant 96 ans. Il vit à Menton. Il continue de témoigner sans relâche. Sa disponibilité est magnifique, son engagement généreux. Un seul terme vient à l’esprit pour décrire cet homme : celui de « mensch ».

 

Herbert Traube Jewpop

Allumage de la Flamme du souvenir du tombeau du Soldat inconnu par Herbert Traube

 

Alors, à défaut de le rencontrer, en personne, il est (répétons-le !) indispensable de lire son livre, ce livre d’une vie, qui est un ouvrage à mettre entre toutes les mains, sans exclusive. Pour en sortir meilleur, peut-être ?

 

Cathie Fidler

Cathie Fidler est écrivain, auteur de plusieurs romans parmi lesquels Histoires floues, La Retricoteuse… du livre d’art Hareng, une histoire d’amour, co-écrit avec Daniel Rozensztroch et d’un ouvrage consacré à son père, le peintre et céramiste Eugène Fidler « Eugène Fidler, Terres mêlées » (Les Éditions Ovadia). Son nouveau roman, Creuse la terre, creuse le temps (Éditions Ovadia) est à commander ici .

Gratitude, le blog de Cathie Fidler

Une odyssée peu commune de Vienne à Menton, Le parcours d’un jeune Juif né autrichien, français « non par le sang reçu, mais par le sang versé » de Herbert Traube, préface d’André Chouraqui, édité par Le Camp des Milles, Musée d’Histoire et des Sciences de l’Homme, avec le soutien de l’Association Mémoire du Camp d’Aix-les-Milles, à commander auprès du Camp des Milles à l’adresse suivante : charlotte.mege@campdesmilles.org

 

Écouter ici une interview récente qu’Herbert Traube a donnée sur RCN 89.3

 

© photos : DR

Article publié le 6 novembre 2020. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2020 Jewpop


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2 Commentaires sur "L’odyssée d’Herbert Traube"

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BOAZ
Invité

Tout ça c’est très bien, mais où commande-t-on le bouquin ?

Alain Granat
Admin

C’est précisé en fin d’article 😉 À commander auprès du Camp des Milles à l’adresse suivante : charlotte.mege@campdesmilles.org , en vous souhaitant une belle lecture Boaz !

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