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L’interview Jewpop de Benjamin Zagzag, expert en Judaïca

Photo de catalogues de ventes aux enchères Judaica Jewpop

 

Jewpop a rencontré Benjamin Zagzag, expert de cette niche du marché de l’art communément nommée Judaïca. Il nous parle de son activité et de sa passion.

 

Photo de benjamain Zagzag, expert en Judaïca Jewpop

Benjamin Zagzag

 

Jewpop :  Que regroupe-t’on sous le terme Judaïca ?

 

Benjamin Zagzag : L’art issu de la tradition juive a plus de 3000 ans d’existence. Il a produit un éventail extraordinaire d’objets et d’œuvres que l’on réunit sous le nom de Judaïca, qu’ils soient d’origine séfarade ou ashkénaze. Il s’agit d’objets d’art rituel, chargés de valeur symbolique et utilisés dans les fêtes et les cérémonies religieuses : coupes, lampes et boîtes à épices pour le Shabbat, boîtes à aumônes, boîtes à cédrat pour Souccot, tissus et ornements de la Torah destinés à la synagogue, chandeliers de Hanouka, assiettes de Pourim ou de Pessah. Le judaïsme se perpétue aussi dans la vie quotidienne : il a suscité une création artistique constante de bijoux, d’étoffes, de verres, de céramiques, de peintures et gravures. La complexité et la beauté du Judaïca résultent du fait que les objets qui le représentent sont issus de mélanges culturels originaux entre les Juifs de diaspora et leurs voisins, mais aussi de ce que, depuis des temps immémoriaux, la loi juive prescrit d’embellir les Judaïca autant qu’il est possible. Ce qui a engendré l’essor d’un véritable art cérémoniel dont les objets les plus précieux et les plus rares activent un marché que les collectionneurs privés ou publics suivent avec beaucoup d’attention. Dans la période contemporaine, l’art juif reste extrêmement vivace, notamment grâce à la qualité des réalisations de l’école Bezalel de Jérusalem et d’autres artistes contemporains.

 

Photo d'objets d'art Judaïca Jewpop

 

J. : D’où vient ton intérêt pour cet univers ?

 

B.Z. : Ayant eu la chance de naître et de grandir à Paris, issu d’une famille qui a toujours été passionnée d’art, j’ai pu fréquenter les musées de la capitale, les marchés aux puces de Saint-Ouen et ceux de la porte de Vanves ainsi que la salle Drouot, dès mon plus jeune âge. L’ouverture en 1998 du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à proximité de mon collège fut une révélation. J’ai alors découvert que les objets qui avaient fait part de mon quotidien depuis mon enfance étaient considérés comme des objets d’art. J’aimais beaucoup fréquenter le Mahj en semaine quand il y n’y avait quasiment personne, j’avais l’impression que c’était ma collection… Au cours de mes voyages variés, j’ai aussi eu la chance de fréquenter les musées juifs locaux, riches d’objets et de tableaux témoignant de la beauté du Judaïca. J’ai commencé à expertiser des objets Judaïca pour une étude dirigée par Maître Collin du Bocage située à proximité de la salle Drouot. Je suis ravi que l’Union Française des Experts spécialisés en antiquités et objets d’art m’ait attribué le titre d’expert Judaïca.

 

J. : La France est-elle un marché du Judaïca ?

 

B.Z. : La question qui tue ! Un marchand aurait dit… L’art est une niche, le Judaïca est une niche dans la niche, ça répond à ta question ? Disons que pour le moment, il y a une vente aux enchères par an, voire deux au grand maximum. Les collectionneurs tendent à être plus sélectifs en ces temps où l’activité économique n’est plus aussi florissante, mais ils perdurent. Je pense que la France a un bon potentiel pour être un marché du Judaïca. Après, ne rêvons pas, ce ne sera jamais comme à New-York…

 

Photo de la bibliothèque Inguimbertine Jewpop

 

J. : Qui sont les collectionneurs ? Tiennent-ils à rester anonyme ?

 

B.Z. : La plupart des collectionneurs en France sont Juifs. Au niveau mondial, le plus grand collectionneur de Judaïca est un homme de foi américain de l’église catholique ! Improbable mais vrai… Il y a peu de jeunes dans ce milieu, mais une collection prend du temps à se construire, en général, une vie. Le collectionneur reste très anonyme car qui dit collection, dit grande somme d’argent, vivons heureux vivons cachés… Souvent, tu découvres un collectionneur quand il meurt, sa famille souhaite alors vendre et rend la collection publique.

 

J. : Que représente ce marché en terme de valeur ? Quels sont les objets les plus cotés ?

 

B.Z. : C’est un marché et comme souvent, les lois y sont paradoxales. Un jour, lors d’une vente aux enchères à Drouot, une paire de rimonim (ndlr : ornements de la Torah) était estimée à 300 euros, elle a été adjugée à 12000 euros ! Deux personnes d’obédience hassidique se la disputaient. Appartenait-elle à un Admor (ndlr : acronyme pour « Adonainou, Moreinou, veRabbeinou » signifiant « Notre Maître, Notre Professeur, Notre Rabbin », titre honorifique donné à un leader communautaire dont les connaissances sont remarquables) ? Le mystère restera pour toujours. Les objets américains du XVIIIème siècle sont très rares et donc très chers, les livres de prières du XVIème siècle ont une très grande valeur également. Ce qui peut parfois faire envoler les enchères, ce sont aussi les textes d’une autorité rabbinique, certains se les arrachent afin de compléter leurs connaissances talmudiques.

 

Photo d'un pectoral de Torah Judaïca Jewpop

Pectoral de Torah en argent de Bohême, début du XIXème siècle

 

J. : Comment se positionne le marché de l’art sur ce segment ?

 

B.Z. : Ce n’est pas la priorité, ça reste vu comme un segment de niche qui est réservé aux Juifs…

 

J. :  Quid de la question de la spoliation des biens des juifs dans ce marché ?

 

B.Z. : À la suite des rapports de la Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, la Commission pour l’indemnisation des victimes de spoliations fut créée en 1999. Néanmoins, la plupart des biens spoliés ne concernait pas le Judaïca…

 

Photo d'une huile sur papier de Nathan Gutmann Judaica Jewpop

Huile sur papier de Nathan Gutmann, Le Marché du Shtetl

 

J. :  Y-a-t’il des faussaires en Judaïca ?

 

B.Z. : Il y en avait beaucoup, principalement en Russie. C’est pour cela que beaucoup de faux circulent, principalement pour les objets ashkénazes. Les objets les plus copiés restent les mains de lecture (yad) car très simples à copier et facile à vendre, car leur valeur reste raisonnable.

 

J. : L’objet rare que tu recherches ?

 

B.Z. : Je suis plus tableaux qu’objets… Mon rêve serait de trouver dans une brocante une oeuvre de Maurycy Gotlieb ou d’Isidor Kauffman, sait-on jamais…

 

Interview réalisée par Alain Granat

 

© photos et visuels : DR

Article publié le 13 janvier 2020. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2020 Jewpop

 

 

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