"Alors c’était bien les vacances ?"

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Ah les retours de vacances… Peau dorée, marque de maillot apparente et débardeur blanc, j’ai repris le boulot au 15e étage de ma tour de La Défense.

 

Installée devant une salade qui n’a de niçoise que le nom, j’écoute mes deux collègues me raconter pour l’une son trekking au Népal, et pour l’autre ses deux semaines en Bretagne chez ses beaux-parents retraités de la fonction publique, qui ont monté une chambre d’hôte avec un sens de l’hospitalité comparable à Vladimir Poutine devant accueillir une after de la Gay Pride au Kremlin. Je les écoute et après le café, comme elles ont épuisé toutes leurs anecdotes, elles se tournent vers moi et me lancent en chœur « et toi ? C’était bien les vacances ? ».

 

Je leur aurais bien raconté que ça a commencé à l’aéroport avec une quadra à l’embarquement du vol Paris/Tel-Aviv, qui m’a supplié de prendre pour sa sœur un paquet « pas lourd du tout ». Sa perruque de travers et son tee-shirt Petit bateau manches longues sous une robe à bretelles, elle a tenté de fourrer dans mon bagage « 4 kilos de navets » (« on n’en trouve pas en Israël »), « 3 kilos de saumon fumé » (« là-bas il est cher et pas bon ») et quelques vêtements chauds pour ses neveux (« faut pas croire, l’hiver est rude à Ashkelon »). Non contente d’écraser toutes mes chaussures d’été, elle m’a tourné le dos, faisant signe à son mari de nous rejoindre «viens avec la poussette-double, mais si elle va dire oui, t’occupes ».

 

Une semaine plus tard, ça a continué avec Ninette, 73 ans, ma voisine de palier dans une location qui m’a coûté un rein. Née à Casablanca, arrivée en Israël à une époque où considérés comme des Arabes, les Séfarades se disaient qu’ils avaient été bien cons de quitter un pays musulman pour un pays antisémite. Ninette a débuté son travail de sape doucement. Le premier jour, en me voyant remonter de la plage, sonnée par le soleil et cette putain de côte de la rue Shenkin, elle m’a lancé par la fenêtre « un pack d’eau ma fille… de deux litres, Ya Benti », en me jetant 12 shekels … en Agoroths s’il vous plaît. Au bout d’une semaine, elle s’est invitée à notre table de chabbat.

 

Entretemps, David P. m’a rejoint 4 jours. Entre deux coups de fils de ses clients français voulant organiser en toute discrétion leur passage en Suisse avec femmes, enfants et comptes en banque, j’ai tenté la blague « tu les déposes à la frontière, ou tu les accompagnes au-delà, comme Jugnot dans Monsieur Batignolles ? ».  De retour à la location, on s’est engueulé. Il a dit « il faut qu’on parle, ça peut pas continuer comme ça ». J’attendais la suite, mais c’est à ce moment-là que Ninette est entrée dans le salon en se tenant le ventre : « pour chabbat prochain, faut plus commander chez le traiteur en bas, j’ai la diarrhée. Sinon Ya benti tu peux me couper les ongles des pieds ? ».

 

J’ai un temps soupçonné ma mère d’avoir embauché Ninette pour me saper mon été et maintenir sa pression annuelle même en période de relâche. Le temps d’un coup de fil, j’ai constaté que ma mère n’était pas capable de ça, tout en se montrant capable de bien pire.

 

Moi : Tu ne connais pas par hasard une Ninette Outmezguine?

Ma mère : Outmezguine ? Une marocaine, il manquerait plus que ça ! Sinon tu connais le dernier coup de ma cousine Germaine ? Elle fait la bar-mistva de son petit-fils la veille de mon opération de la cataracte. Elle ne voulait pas que je vienne et puis c’est tout !

Moi : Tu te fais opérer de la cataracte ?

Ma mère : Le docteur qui m’opère, c’est le beau-frère du cousin de la belle-sœur de sa voisine.

Moi : Pourquoi tu m’as rien dit ?

Ma mère : En plus, le frère de mon docteur, c’est le rabbin de la même syna du mari de sa meilleure copine, Lucie Benzaquem. Germaine, c’est la plus grande commère de tout Belleville. Si elle n’est pas courant, c’est qu’elle est malade. Quant à toi, et bien tu aurais su que je me faisais opérer si tu allais plus souvent prier à la synagogue, pour la santé de ta mère par exemple.

 

Dernière péripétie de mes vacances : matinée à Jérusalem avec David et Solal. Dans le chirouth, pendant que la radio israélienne annonce l’imminence d’une intervention militaire en Syrie, mon mec et mon fils dissertent avec le sérieux d’Alain Badiou et Marcel Gauchet sur « qui est le meilleur joueur ? Zlatan ou Cavani ? ». Arrivé devant le Kotel, David se fait alpaguer par une femme qui ne se contente pas de tendre la main, elle tape direct dans la poche. Non content de la rembarrer en mode « mais fallait pas faire 8 enfants, et puis aux dernières nouvelles, ce ne sont pas les miens », il a décidé de hurler à tue-tête le poing levé « Yaïr Lapid, premier ministre ! », créant une mini-émeute qui a failli faire l’ouverture du JT de Jean-Charles Banoun sur i24News.

Face à mes deux collègues – qui en vrai s’apprécient autant que Jean-Marc Morandini et Cyril Hanouna, j’ai marmonné « C’était bien. RAS ».

 
 
The SefWoman
Ma philosophie se situe entre « A Kippour tout le monde pardonne, sauf moi » (Raymond Bettoun) et « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple » (Woody Allen)
 

 
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