Holiday so nice !

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Avec son  célébrissime « Let  my people go », il s’est fait connaître et reconnaître. Il faut bien convenir qu’avec cette formule, Moïse avait inventé beaucoup et tellement mieux qu’un slogan, le slogo : le slogan élégant qui vous va comme un gant. Résultat immédiat : plus d’immobilisation à la station Pyramides, et ouverture à toute allure de la Mer Rouge. Mais après cette séquence intense, les petits-fils et les arrière-petits-fils des aventuriers de l’arche retrouvée (à Jérusalem évidemment), cheminent-ils encore sur la quatre voies tracée par leurs glorieux ancêtres ? Retour rapide sur plus de 2000 ans de tourisme du peuple élu et relu par les Tours Operators !
 
Après ce coup d’éclat pharaonique, la saga était partie vers un profil bas. 40 ans dans un désert que n’importe quel bus Egged mettrait aujourd’hui 4 ou 5 heures au grand maximum à traverser, il faut le faire ou plutôt ne pas le faire. Bug dans un GPS qui n’avait pas encore été inventé ou délocalisation aléatoire de la hotline céleste ? Ni la Bible, ni les bibliothèques d’ouvrages de tous les âges qui ont pour objet ce sujet ne répondent à cette question cruciale et vitale.
 
Finalement, 40 ans et 10 commandements plus tard, c’est l’immersion dans la vie à Sion. Mais apparemment, il faut bien  croire que la sédentarité n’avait pas vertu d’exemplarité solennelle et surtout éternelle, car parenthèse de vie à l’aise de 9 siècles mise à part (après tout, qu’est-ce qu’une toute petite période de 100 ans quand, comme le peuple de la Bible, on a l’éternité devant soi), voilà l’apparition à sensation d’un nouveau concept de visite : le tourisme longue durée, autre nom pour l’exil.
 
Cette fois c’est Babylone qui est la destination de cette migration. Certes, ce déplacement qui s’avère en fin de compte subi plus que choisi, a révélé un tube planétaire « On the rivers of Babylone », immortalisé par le groupe Boney M. et dont le remix special club enflamme encore tous les dance floors dignes de ce nom. Mais 70 ans ça suffit : les Hébreux n’y étaient pas heureux et ils ne se voyaient pas bien rester babyloniens. Résultat : retour sur la terre des ancêtres pour une longue fenêtre de bien-être de 450 ans, le temps de construire deux temples et de faire de Jérusalem une ville culte.
 

 
Mais décidément le peuple le plus mouvant (et parfois émouvant) de la planète ne pouvait pas en rester là. D’autant qu’il faut trouver d’urgence une solution pour éviter la dissolution : celle proposée manu militari par les légions romaines d’Hérode. Impulsion créative et souvent récréative aidant, des géniaux ingénieurs de la logistique touristique inventent pour les séjours un nouveau mode qui sera une mode deux millénaires plus tard : l’échange d’appartements, du style « échange splendide 5 pièces avec vue à couper le souffle sur la vielle ville et les murailles, contre atrium relooké en loft avec panorama exceptionnel sur le Colisée ».
 
Malheureusement, ce qui était au départ un idéal en matière d’idée périclite très vite. La faute aux centurions romains en garnison à Sion qui, de simples locataires, se bombardent propriétaires, arguments frappants oblige. Ainsi ce qui était initialement vu et prévu en tant que court séjour devient un parcours au long cours connu dans l’histoire en tant que saga de la diaspora.
 
Commence alors une nouvelle existence faite de persévérance dans l’errance et un tête-à-tête avec la planète. De Pondichéry à Helsinki en passant par Rio ou San Francisco, le train-train, c’est d’être contraint à bouger, et tout le monde part explorer la mappemonde. Toutefois, les pérégrinations de nos pères, si elles se perpétuent, évoluent. Ils finissent par se poser pour se reposer,  comme l’indique par exemple la racine hébraïque qui a donné son nom à l’actuelle Pologne : « Po Linne : ici nous dormirons ».
 
Orientés vers l’Orient et devenus accidentellement des occidentaux inoxydables, nos grands-pères et nos arrière-grand-pères s’acclimatent à tous les climats. De nos jours, cette prédilection, pour ne pas dire cette addiction pour les migrations, relève plus du loisir que de la nécessité de partir. Fini le grand tour sans retour. Passé de fonctionnel à optionnel, le tourisme de nos coreligionnaires est entré dans une nouvelle ère plus logique, plus étymologique et plus britannique : celle de l’origine du terme venant en droite ligne de la brumeuse et pluvieuse Angleterre. Oxford et Cambridge venaient d’accéder au top 5 de la notoriété universitaire planétaire. Une fois leur diplôme acquis de haute lutte, les étudiants se devaient, de Nice à Rome en passant par Athènes, de faire le Grand Tour en Europe continentale.
 
Aujourd’hui, c’est une question et presque une obligation d’auto-construction. De décembre à avril, c’est Holiday on ice et à Megève, Gstaad et Courchevel, l’existence de notre présence est un fait d’hiver. Quand vient le temps du printemps, forte concentration et surreprésentation obligent, au même titre que la Promenade des Anglais a été nommée en raison du goût des sujets de sa gracieuse majesté pour cette ballade sur le bord de mer niçois ; il faudrait rebaptiser les planches de Deauville «la Promenade du Sentier». Holiday so nice, une fois que la canicule arrive au stade majuscule, cap au sud et Juan-les-Pins, Cannes et Saint-Tropez, au volant de grosses voitures, on file et défile en mouvement de foule de grande envergure, vers la Côte d’Azur.
 
Dernière tendance en voie d’émergence : la « staycation », autrement dit le fait de passer des vacances sur son lieu d’habitation. Et si finalement, avec moins de miles et plus de smiles, après cette odyssée bimillénaire tout autour de la terre, la meilleure façon de partir c’était de… rester chez soi ?
 
Lionel  Szapiro
© photo : Lionel Szapiro (vue aérienne d’Eilat)

Article publié le 6 février 2015. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2015 Jewpop

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