Tel-Aviv sur (s')haine

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À chaque saison sa polémique. Août 2015 aura été marqué par Tel-Aviv sur Seine. Pour la faire courte, Tel-Aviv sur Seine, c’est un peu comme une boulette de falafel. On en a envie, mais ça va laisser un arrière-goût dans la bouche pendant plusieurs jours.
 
À peine remis des événements de janvier, nos pages Facebook commençaient à nouveau à fleurir d’images de matelas pneumatiques colorés, de photos d’enfants en brassards, de bouteilles de rosés et de couchers de soleil… L’été commençait à peine et, avec, notre premier répit. Nous étions enfin bien. Et le vent a tourné. Pas le hamsin du désert, pas celui du nord non plus, celui qui sent le soufre, pique les narines et file la gerbe.
 
Anne, ma sœur Anne, ne l’as tu pas sentie v’nir la vermine ? Parce que les cafards ne prennent pas de vacances, tu sais. Tel-Aviv sur Seine, le prétexte antisémite de l’été. Pas besoin d’aller en Israël pour voir un banc de méduses, le BDS, Soral et consorts offrent à la France ce que l’on a de meilleur. Remontées à la surface à la première vague, elles injectent leur venin et s’installent à Tel-Aviv sur Seine, gâchant les vacances.
 
Et c’est comme ça que ma page Facebook est redevenue un théâtre de désolation. La surenchère des opinions. Le bal des messages nauséabonds relayés par les uns, rythmé par les appels à pétitions des autres… Et c’est pas par ce que je suis ashkénaze, mais là vraiment, je suis à nouveau oppressée. Ceci dit, je ne jette pas la pierre aux organisateurs. Non franchement, Tel-Aviv sur Seine ça va être sympa.
 
Les parisiennes vont pouvoir prendre une leçon de mode de la part des israéliennes, qui ont remis au goût du jour la chaussure compensée à semelle plateforme.
Le DJ du soir passera du Aviv Geffen, chanteur qui, faut se l’avouer, est au rock ce qu’André Rieu est à la musique classique.
Pas besoin de feu d’artifices pour le 15 août, c’est spectacle son et roquettes assuré.
Je les vois bien tous nos vieux yids du temple de la Place des Vosges danser un Rikoudé Am endiablé sous le Pont Frishman.
Et le doux son des parties de matkot J’entends d’ici (et pourtant ma fenêtre ne donne pas sur l’Île Saint-Louis) les centaines de balles rebondir avec délicatesse sur les raquettes en bois, évitant de justesse la tempe du badaud d’à côté, qui, par le plus grand des hasards, se trouve être un militant du Front de gauche égaré.
J’ai appris que les échoppes des bouquinistes seraient mises à disposition des vendeurs de glibettes pour l’occasion, vous le saviez ?
Non, ça va être sympa. On va croiser nos amis Yohann et Moshé qui vont se confondre en galanterie pour nous laisser un transat en première ligne, vue sur la Seine.
Et au fait, le pois chiche c’est un légume ? Non je dis ça comme ça, par ce que moi ici on me bassine avec des messages à tout va pour manger 5 fruits et légumes par jour. Ils savent, les organisateurs, que le houmous ça fait grossir sa race ?
 
Mais la vraie question est : qui va y aller ? Par ce que c’est bien beau de liker la pétition sur Facebook, mais nous on est déjà tous à Tel-Aviv ou à Deauville cet été. Alors, « Ira, ira, lequel de nous ira, ira, ira n’ira pas… ». Quoi qu’il en soit et où que vous soyez, jeudi 13, sortez les pastèques, la limonana, et trinquez. On ne les laissera pas gâcher la fête. On continuera à danser. Lehaïm.
Et honnêtement, on se dit que ça aurait vraiment pu être pire : Netanya sur Seine.
 
Ella Klein
 
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© photo : DR

Article publié le 12 août 2015. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2015 Jewpop
 

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