Tzimel en Israël (1)

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Tzimel, jeune homme issu du monde orthodoxe, est l’animateur de tzimelblog, dédié à l’actualité de l’univers juif orthodoxe, à ses turpitudes et tartufferies, présentées sur son blog avec un regard décalé et volontairement moqueur. A l’occasion de son court séjour en Israël, pays souvent  évoqué dans ses billets, Tzimel raconte son voyage et les personnes qu’il y rencontre. Toutes les anecdotes et personnages sont réels, bien que vus avec un œil absolument subjectif ; seuls les noms de certains protagonistes ont été modifiés.
 
«Bonejour, vous avez ine arme ? », quand vous entendez cette question c’est que vous ne vous êtes pas trompé de comptoir : direction le Sainte-Anne du Proche-Orient. Ce n’est pas un monastère, c’est un pays. Pour une fois tout se passe bien, les agents de sécurité israéliens se tiennent plutôt bien, on ne se sent pas comme un ancien de la Fraction Armée Rouge converti à l’islam qui prend ses repères. De toutes les manières, impossible de passer incognito, on croise toujours des visages connus à l’aller ; la tata Jeannette du cousin Joseph, Rafi Lévy, le cinéaste underground franco-israélien dont les films provoquent chaque année 12 dépressions, 2 suicides et 8 vocations de séminariste. Planté au milieu de ce décor, il y a une figure souvent observée : le froum ou ultra-orthodoxe ; là il y en a deux-trois et c’est toujours le même cirque : multiples allers-retours d’un bout à l’autre de l’avion, et ce sans raison apparente. Tout le monde tente de gagner son siège, mais notre ami, qui pourtant ne parle pas aux dames, à force de passer et repasser, finit immanquablement par frotter son derrière à ceux de la moitié des dames de ce vol. Ah oui, il y aussi le rav Yéhouda  Berdugo, directeur spirituel d’une école (chez les orthodoxes, le directeur fait toujours dans le spirituel), plus truand que dans la galère, qui cause avec un adepte de la version juive religieuse de la théorie du genre. Cette version-là ne cherche pas à brouiller les pistes entre masculin et féminin, c’est plutôt que notre spécimen porte deux kippas sur la tête – signe qu’il se croit versé dans la kabbale – une en velours pour son côté masculin-orthodoxe, et une tricotée pour sa part de féminin-sioniste ; habillé selon les codes du judaïsme ashkénaze, il n’en a pas moins un fort accent français mâtiné d’Orient – confusion des genres quand tu nous tiens.
 
Depuis quelques temps, il bruisse chez certains juifs français comme un air d’inquiétude, dû à un humoriste et son âme damnée, ainsi qu’à une vidéo d’antisémites en colère qui tourne de YouTube en gmail. Or comme au bout de deux heures trente dans l’avion on s’ennuie sévèrement, je me mets à penser à ces évènements récents. Non, Israël n’est sûrement pas la réponse à cette ambiance pourrie, je me tourne alors vers mon épouse : « prends-moi en photo en train de faire une quenelle dans un avion El Al, si jamais Alain Cagoule de Solal réactive certains vieux services de la Kommandantur, on pourra peut-être sauver quelques meubles ».
 
Arrivé à l’aéroport Ben Gourion, l’ami Eliezer vient me chercher. Après avoir vécu plus de trente ans en France, il retourne vivre sur sa terre natale. En se rendant à un rendez-vous au ministère de l’immigration pour remplir de la paperasse liée à son statut d’israélien sur le retour, il se retrouve dans une situation cocasse : ce sabra fils de sabra est reçu par une russe qui gère son dossier et lui indique ses droits et devoirs. À Sainte-Anne, rien ne surprend les patients.
 
Tzimel
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© photos : Tzimel

Article publié le 16 février 2014. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2014 Jewpop

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