Yossi, d'Eytan Fox

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J’aime bien Eytan Fox : jeune, réalisateur, homosexuel et israélien ; ce qui lui fait déjà quatre qualités.
 
Je l’ai découvert grâce à Tu marcheras sur l’eau, puis j’ai vu son talent se confirmer avec The Bubble : deux films roulant autour de la difficulté d’affirmer son homosexualité dans un pays en guerre, et de l’amour impossible entre un palestinien et un israélien. Yossi est la suite de Yossi et Jagger (2002) : histoire d’amour entre deux soldats dont l’un se fait tuer. Yossi est le survivant et le héros, dix ans après, d’un film qui n’est autre qu’une étude de caractère, de l’âme et de l’esprit de ce personnage, encore traumatisé par la mort de celui qu’il aimait.
 
Yossi, 33 ans, éminent cardiologue, vit à Tel-Aviv. Depuis la mort de son amant, dix ans auparavant, il se laisse aller à l’obésité, aux plats surgelés et aux rencontres Internet avec des mecs qui se baladent torse nu et qui mettent du Pento. Lors d’un voyage dans le sud du pays, il fait la connaissance de jeunes militaires tout droit sortis d’une pub Jean-Paul Gaultier, et s’amourache du plus beau et seul homo d’entre eux, comme par hasard…
 
Yossi nous raconte un triple deuil : celui d’un amour perdu, celui de la peur de l’autre et celui de la solitude. Mais ce deuil, même s’il ne dure qu’une heure vingt, est bien trop lent et ne m’a pas convaincue sur ce slogan : «2013, année de l’homo obèse». Pourtant, la première partie est des plus réalistes et intéressantes : Yossi se perd dans son travail pour oublier qu’il est perdu, il n’avoue à personne son homosexualité, n’a qu’un ami-collègue qui est un grand méchant hétéro de base : lubrique et amateur de coke.
 
C’est lorsqu’il fait la rencontre d’un bellâtre «chaté» sur Internet après lui avoir envoyé une vieille photo de lui, qu’on ressent le plus son extrême solitude. Une scène est magique, prenante, celle où il se livre aux parents de son amour perdu. Cette scène signe la fin de la première partie, avant son voyage au bord de la mère morte où, enfin, il va ressusciter.
 
C’est non sans tristesse que je dois vous avouer que Yossi m’a déçue : la première partie, certes réaliste, manque considérablement de rythme et la seconde, bien que n’en manquant point, bien que nous offrant une belle photographie, ne m’a pas convaincue. Certes ce film se veut intimiste, mais l’intimité ne peut-elle être qu’ennuyeuse ou guimauve ou involontairement absurde ? La scène d’amour entre nos deux héros, bien que magnifique, semble tellement fantasmée qu’elle en devient grotesque.
 
Comment croire que du jour au lendemain, un homme si triste – il lit Mort à Venise, écoute Gustav Malher et mange du Bolino devant des films pornos -, si peu avenant, si peu assumé dans sa sexualité, va éveiller chez un bellâtre musclé et de dix ans moins que lui, des promesses d’amour éternel ? Peut-être suis-je trop cynique, peut-être ne puis-je pas croire en l’amour entre deux jeunes gens dont seule l’homosexualité et la sensibilité sont un point commun. Soit. Je regrette juste qu’Eytan Fox ne soit pas parvenu à faire tomber mes certitudes.
 
Non, l’année 2013 n’est pas encore celle de l’homo obèse.
 
Mélanie Klein

Au cinéma depuis le 2 janvier 2013
La bande-annonce de Yossi

Chronique publiée sur le blog Mon Cinéma, reproduite avec l’aimable autorisation de son auteur.
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